Category: Livres,Histoire,Monde
La Chine et le Luxe Details
?Voici une véritable histoire de la Chine, des temps ancestraux à la modernité la plus actuelle, à travers les représentations et la pratique du luxe. Pourquoi le jade incarne-t-il le luxe éternel pour les Chinois ? Que révèle l'art de vivre du lettré ? Qu'évoquent les "pieds bandés" ? Que dévoilent la robe fendue et les talons hauts de la Shanghaienne des années 1930 ? Comment expliquer le succès des grands centres commerciaux à Hong Kong, dans les années 1980-1990, et désormais à Shanghai ? Que préfigurent le renouveau des maisons de thé à l'ancienne, le réenchantement de l'âge d'or de Shanghai ou l'intérêt pour les antiquités chinoises ? À travers ces exemples-phares, c'est la société chinoise dans son évolution et ses tendances qui est explorée. Entre histoire de la culture et état des lieux des modes et des tendances, ce livre est aussi un révélateur des ambitions de la Chine actuelle et de ses rapports avec l'Occident. Après le travail et la productivité, le luxe sera-t-il le prochain territoire qu'elle entend dominer ? Docteur de l'université Paris-Sorbonne (Paris-IV), Jacqueline Tsai est responsable études et veille économique chez Louis Vuitton.
Reviews
Ce livre est une tentative d'analyser le luxe en Chine dans ses rapports avec l'histoire, la culture et l'identit chinoises et d'en suivre l'volution dans ses dveloppement rcents.L'auteur commence par un aperu historique qui lui permet de poser comme principe de base que le luxe est ancr dans la culture et la tradition chinoises : il est li au raffinement du mode de vie de l'lite lettre et tient du rituel tel que dfini par le Livre des Rites, rituel la fois sacr et profane puisqu'il dfinit la position de son dtenteur la fois vis--vis du ciel mais aussi dans la socit.Le livre retrace ensuite l'volution du concept de luxe dans deux environnements que l'auteur considre comme les sources du luxe moderne chinois : Shanghai et Hong Kong.Shanghai d'abord, puisque c'est dans cette mtropole financire et commerciale que s'est affirme, dans les annes 20 et 30 du sicle dernier, un luxe nouveau pour la Chine, car n d'une assimilation du mode de vie occidental considr comme le dernier chic, donnant naissance une culture cosmopolite et urbaine en opposition la culture traditionnelle : le haipai (''), le style de Shanghai, qui nous a laiss, entre autres, quelques superbes demeures, hritage architectural dont les dirigeants communistes eux-mmes ont profit, sans le dire. Pour la premire fois dans l'histoire chinoise, on assiste la rupture du continuum traditionnel entre villes et campagnes. La modernit de Shanghai est ancre dans le prsent, et oriente vers le futur. Elle est fonde sur la reconnaissance et l'acceptation de la supriorit matrielle de l'Occident.Cependant, dans ce monde cosmopolite qui semble sans attaches historiques, la tradition n'est pas totalement morte, mais elle est ambige. En tmoigne la renaissance du qipao (''), la robe des bannires mandchoues, qui tait l'origine un objet d'importation. Le vtement, en Chine, avait toujours t rgi par des codes trs stricts qui dfinissaient un statut hirarchique dans la socit ; le qipao devient, dans les annes 20 du sicle dernier Shanghai, le symbole d'un luxe individualis et subjectif. Initialement lanc par les vedettes du cinma de l'ge d'or de Shanghai, il est ensuite devenu la robe des lgantes la mode, avant d'tre dmocratis et de devenir le vtement national dans les annes 50. Mais c'tait Hong Kong.La modernit, en effet, n'tait plus alors dfinie Shanghai, mais Hong Kong. La fermeture de la Chine maoste fit, par un jeu de balancier bien connu, la fortune de ce qui tait encore une colonie britannique. Hong Kong vit affluer les familles aises de Shanghai et tout un petit monde en qute d'une existence meilleure, ce qui donna naissance une socit au mode de vie trs spcifique : le Hong Kong way of life. C'est une sorte de socit pionnire, engage dans la lutte pour la survie, marque par une thique utilitaire sinon amorale, et une foi indfectible dans la possibilit d'une ascension socio-conomique. Et bien sr, dans ce contexte, les produits de luxe deviennent symboles de succs matriel. On vient Hong Kong pour s'enrichir, et les nouveaux riches affichent leur prosprit de manire ostentatoire pour asseoir leur identit : il n'y avait pas de lettrs confucens dans les rangs pour rappeler les vertus de la morale traditionnelle. Les gnrations se sont succd sans entamer le principe de base de cette socit : la prosprit comme priorit.Cependant, l encore, la culture chinoise traditionnelle affleure sous le modernisme de paillettes. Jacqueline Tsai suit le processus de retour une sorte de tradition chinoise revisite travers l'exemple des maisons de th . Devenues espaces de luxe et de sinit aprs 1945, elles sont un temps concurrences par la culture Mac Do , associe une culture populaire locale symbolise par la cantopop des annes 70 ; c'est le moment o les grandes marques de luxe occidentales s'implantent sur ce march, car cette poque est celle o Hong Kong est encore une enclave, un temple du luxe occidental pour touristes fortuns.Mais, pour les Chinois de Hong Kong, cet exotisme clinquant finit par devenir signe d'alination. On assiste alors un retour des valeurs plus authentiques, mais corriges par le prisme de la modernit : les maisons de th se muent en temples du bien-tre, de culture colo o le corps prend une importance nouvelle.Depuis la rtrocession, Shanghai a repris la main. Selon l'auteur, on assisterait l un retour du luxe des lettrs , avec en particulier le dveloppement du march de l'art, et surtout de l'art contemporain, les collections d'antiquits et d'art moderne devenant les nouveaux signes de statut social et de respectabilit. C'est dans ce contexte que l'on voit renatre le qipao redessin par Vivienne Tang, se dvelopper des marques de produits de beaut drivant de l'ge d'or de Shanghai et s'affirmer les nouveaux crateurs de mode chinois, dont justement Shanghai Tang dont la touche colore a rpondu, dans un premier temps au got occidental pour l'exotisme asiatique, pour se tourner ensuite vers la qute d'une sinit moderne . Le march du luxe, sous ses formes nouvelles de reconstruction d'un certain pass, semble bien dsormais promis investir la Chine.Car ce march est aujourd'hui dop par le retour vers le continent des investisseurs de Hong Kong et de Taiwan. Ce sont eux qui ont, en particulier, implant dans la rgion de Shanghai, toutes ces usines de haute technologie qui font de la mtropole commerciale et financire un centre de cration non plus seulement artistique, mais aussi technologique, les deux se nourrissant d'ailleurs mutuellement.La question pose est de savoir si, de l, ce march du luxe investira aussi le march occidental. Ou peut-tre la question devrait-elle tre : partir de quand cela se produira-t-il ?Ce livre est au total passionnant. Jaqqueline Tsai est responsable tudes et veille conomique chez Louis Vuitton, elle connat sans nul doute trs bien son sujet.Son livre pche cependant par deux dfauts qui en rendent la lecture parfois difficile. D'une part, tonnamment, le concept de luxe n'est pas dfini au dpart ; on est donc surpris de voir l'auteur friser parfois le hors-sujet en s'engageant sur des terrains qui n'ont, a priori, qu'un rapport tenu avec son sujet. La premire partie, historique, en particulier, aurait mrit des dveloppements plus tays. On peine sur une tude sociologique traditionnelle des quatre classes de la socit chinoise qui aurait pu tre rsume en quelques lignes, alors que la notion de luxe elle-mme est limite deux lments : les pieds bands et les objets de jade. C'est un peu court. On attendait un chapitre, par exemple, sur les fabuleux jardins de Suzhou, ou ceux des riches marchands de sel de Yangzhou dont le luxe ostentatoire valait bien celui de leurs confrres de la cte.Le livre, surtout, a une construction erratique qui fait que certaines ides se retrouvent dveloppes et rptes dans diffrents chapitres. L'auteur aurait sans doute gagn s'en tenir un cadre plus chronologique, en vitant dans un chapitre des digressions qui concernent le chapitre suivant et y sont donc rptes.Mais c'est, dans l'ensemble, un ouvrage foisonnant d'ides intressantes qu'on a envie de creuser davantage'NB Il est dsolant de voir beaucoup d'diteurs franais s'en tenir encore au pinyin - non accentu - pour noter les citations en chinois. On a du mal croire que ce soit encore un problme d'insrer des caractres dans un texte franais ; mais, dfaut, on pourrait au moins, comme c'est de plus en plus souvent le cas, ajouter une annexe regroupant les termes chinois cits.


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